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The Green School: Une éducation durable

February 26, 2018

Je me tiens au centre d’une gigantesque construction en bambou, le principal bâtiment de la Green School, à Bali. L’utilisation du bambou crée un sentiment d’être chez soi et l’absence de murs, laisse mes pensées et mon imagination s’évader. Je repense aux mots de l’ancien secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, durant sa visite de l’école : « La Green school est l’école la plus unique et impressionnante que je connaisse ». Et j’avoue, que je suis entièrement d’accord avec lui.

Visiter un autre monde

Notre visite guidée, un samedi matin, débute avec la présentation de nos deux guides Alicia et André. Ils sont tous les deux des anciens étudiants de la Green School et sont de joyeux et fiers représentants de ses valeurs. L’objectif de l’école est de créer une communauté d’apprentis pour rendre notre monde durable. Ça sonne comme une bonne idée, mais comment y parvenir ?

 

De la théorie à la réalité

Avant tout, l’école définit trois simples règles qui sous-tendent chaque décision : être local, laisser notre environnement être notre guide et envisager comment nos petits-enfants seront affectés par nos actions. Ce socle de valeurs est déjà bien différent de celui de l’école dans laquelle j’ai été. Cependant, ce n’est que la partie théorique. Durant notre visite, nous avons pu découvrir comment l’école concrétise ces principes.

Nous avons commencé la visite à Kembali, leur propre station de recyclage des déchets. Ils collectent les déchets de l’école et réutilisent tout ce qu’ils peuvent avec l’aide d’entreprises externes. Ils ont aussi leur propre composte, où tous les déchets organiques sont stockés et réutilisés. Un peu plus loin, sur le chemin, nous découvrons les locaux de leur cuisine « sans huile de palme ». Toute la nourriture est issue des légumes et fruits qu’ils plantent eux même sur le site de l’école. Nous avons aussi eu la chance, de visiter les jardins, les plantations de riz et de rencontrer sur notre passage, plusieurs animaux comme des vaches, des oies et des poules. Par cette connexion directe à la nature, les enfants apprennent d’où vient leur nourriture et comment la produire. Les classes à la Green School ne se font pas seulement dans les salles de classe. La majorité de leurs programmes d’enseignement combine le monde réel avec le monde académique.

 

 

Une approche unique de l’apprentissage

Le programme d’enseignement est fondé sur trois piliers. Le premier est celui dit thématique et contient la majorité des cours. Au lieu d’avoir des cours traditionnels, les étudiants apprennent tout ce qui est autours d’un sujet. Les professeurs se succèdent et les enfants étudient le sujet sous tous les angles – de l’aspect biologique à celui culturel ou historique par exemple. Ils sont encouragés à poser toutes les questions même celles qui pourraient être jugées comme « stupides ». Utilisant la fiction contemporaine, les témoignages d’experts ou des parties prenantes, ou les livres pour trouver la réponse. De plus, tout au long de leur cursus scolaire, ils ont ce qu’ils appellent la boussole durable « the sustainability compass ». Les étudiants doivent penser à l’ensemble des effets, positifs et négatifs, des aspects environnementaux, économiques, sociaux, de santé ou autre… du sujet qu’ils explorent.

 

 

Le second pilier est celui des « compétences » et inclut les matières traditionnelles telles que les mathématiques ou la littérature. Même dans ces disciplines, des exemples de la vie réelle ont un rôle important.

 

En général, les étudiants sont très libres dans le choix de leurs matières. Ils sont responsables de leur propre éducation.

 

Un projet réalisé de A à Z

Le dernier pilier est celui de l’expérimentation. Il offre aux étudiants la possibilité de réaliser leur propre projet. Ils cherchent un enjeu de la vie quotidienne et tentent de le résoudre. Un de ces projets est celui du Bio Bus. Tout a commencé avec la problématique de l’huile de cuisson en Indonésie. En effet, cette huile est souvent utilisée jusqu’à trente fois et est la source de sévères problèmes de santé du fait des substances nocives qu’elle contient. Par leur projet, les étudiants ont trouvé comment réutiliser cette huile de cuisson en la transformant en carburant biologique. Maintenant, l’école a quatre bus scolaires qui roulent à 100% avec ce carburant, directement produit au sein même de l’école. Les bus déposent et récupèrent les enfants ce qui entrainent une baisse des embouteillages, puisque les parents n’ont plus à déposer eux même leurs enfants. De plus, l’école détient la première station à essence bio d’Indonésie ! Les étudiant ont élaboré l’ensemble du projet, postulé à un prêt à la banque de l’école et ont concrétisé leur idée du début jusqu’à la fin – et tout ça avant même d’avoir 18 ans !

 

Responsabiliser les étudiants pour qu’ils soient acteurs du changement

Il n’est pas surprenant d’apprendre que les classes sont en petits effectifs, ici. Cela aide, les étudiants à parler librement et participer activement. Durant une de nos discussions avec Alicia, elle nous a dit que l’Ecole lui avait permis de faire face aux problèmes et défis du monde réel. On lui a appris qu’elle pouvait faire la différence. En étudiant au Canada, elle s’est rendu compte à quel point cette attitude était puissante. A l’Ecole, elle était entourée par des personnes qui partageaient ses idées et agissaient pour résoudre les problèmes qu’ils rencontraient. Vivre à l’étranger, dans une culture différente lui a permis de se rendre compte que cet état d’esprit n’est pas acquis. Trop souvent, nous sommes témoins ou affectés par une situation difficile, mais nous n’agissons pas…

 

 

 

Entouré de nature et de pleine présence

Nous avons continué notre marche, entourées de bananiers, palmiers et de pelouses. L’ensemble de l’école se situe au sein d’une gigantesque forêt tropicale et une rivière traverse la propriété. La Nature est partout. Pour moi, ça m’a paru adéquate que la pleine présence joue aussi un rôle important au sein de l’Ecole. Ce fut très clair quand nous avons dépassé un énorme cristal surgissant de terre. Il a été placé ici par des prêtres, qui ont localisé le lieu comme une forte source d’énergie. Le cristal récupère cette énergie et la retransmet à toute personne qui le touche. « Chaque jour à 14h, un gong retentit et chacun est invité à arrêter ce qu’il fait pour méditer durant une minute », nous explique Alicia. En passant devant le studio de yoga, André nous indique qu’une demi-heure de yoga avec une courte séance de méditation est obligatoire pour chaque étudiant durant la semaine. Et ça marche ! Les enfants sont plus calmes et conscients de leur entourage.

 

Des bourses pour les locaux

Durant notre promenade, je me suis rendue compte combien l’école est gigantesque. C’est 9 hectares sur lesquelles les pieds de 440 étudiants de 34 pays foulent le sol. Apparemment, il arrive souvent que des familles entières emménagent à Bali pour que leurs enfants soient scolarisés dans cette école unique. La Green School offre une éducation à tout enfant entre 3 et 18 ans. Seulement 10% des étudiants à temps-plein sont indonésiens, parce que l’école n’est pas peu chère. La première année de lycée coute 13217 euros sans les frais administratifs. Heureusement, ils offrent un programme de scolarisation à temps plein pour les locaux ce qui permet d’ouvrir un peu cette école et de le rendre un peu moins exclusive. Un autre programme de bourse a pour but d’offrir des cours d’anglais aux enfants du voisinage dans l’après-midi, après leurs cours. En échange, ils doivent apporter à l’école 5kgs de déchets plastiques tous les mois.

 

Essayer des alternatives

Vers la fin de notre visite, nous sommes passées devant un champ de panneaux solaires. André nous a expliqué « qu’un tiers de leur électricité consommée est issue de l’énergie solaire ». Ils utilisent aussi l’énergie produite d’un petit système hydroélectrique qui contribue à leur objectif d’être neutre en carbone. L’école aime expérimenter. Un de ces exemples est le système aquaponie que des étudiants ont construits durant leur projet annuel.

 

Après une visite de deux heures, j’ai l’impression que cette école ressemble à un petit village plus qu’à une école classique. Tous font partis de la même communauté : les étudiants et leurs parents mais aussi les anciens.

 

 

 

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