ou les rencontres
en chemin

Chuñawi entre ciel et monts

October 13, 2017

  

Quittant la route nationale 2 pour s’embarquer sur une piste de terre, secoués par le va-et-vient du vieux taxi où Nadège, les enfants, et moi sommes serrés à l’arrière, mes yeux restent figés sur le paysage qui ne cesse de défiler : cette immense chaîne montagneuse au loin, des champs infinis et les sinueux méandres du chemin. Notre destination : Chuñawi. Un petit village d’agriculteurs aymaras situé à 4 100 m d’altitude entre La Paz et le lac Titicaca, sur l’Altiplano bolivien.

 

A l’entrée du village, la voiture s’arrête après les premières maisons. Yves remercie le chauffeur et ouvre le portail en faisant attention aux vastes flaques de boue, témoins des jours pluvieux. Surprenant pour une fin de mars. Mais depuis quelques années, la saison des pluies se fait plus courte et plus tardive.

 

Je rencontre Jaime et Marie-Sol, la famille qui nous héberge, avec leur trois enfants et leur vieux lamas impassible. Jaime est guide de montagne dans la région et parle parfaitement le français. Il est l’interlocuteur privilégié d’Hydraulique Sans Frontière (HSF) dans leur projet de renforcer l'accessibilité à l’eau potable des villageois. L’objectif est d’assurer l’accès à l’eau pour l’ensemble de la population, et d’augmenter son débit, insuffisant en période sèche : quatre à cinq mois chaque année et une durée qui tend à s’allonger du fait de la fonte des glaciers et de la saison des pluies plus modeste.

 

 

 

Après l’installation, Nadège propose de me faire visiter le village. Ici, pas de goudron, seulement des chemins de terre. La nature est présente partout. En faisant un tour sur moi-même, je peux redécouvrir les champs, en contre bas, la rivière qui coule au pied de l’école et discerner la cordillère Real derrière sa robe nuageuse.

 

Sur le trajet, nous rencontrons une ribambelle de poules, moutons effarouchés et un cochon dodu se reposant. La route principale, ligne centrale du village, ne fait qu’une centaine de mètres. Nous arrivons rapidement à sa fin et laissons passer une personne âgée qui rentre avec ces quelques vaches et moutons.

 

 

 

Deux jours plus tard, à 8h30, avec Yves et Jaime, nous nous dirigeons vers la petite mairie qui abrite la salle de réunion, lieu hautement important et également, les bureaux temporaires de HSF. Yves me présente aux chefs des opérations. Un camion bleu à la toile grisonnante s’arrête devant la bâtisse. S’y engouffrent une trentaine d’hommes et de femmes, de tous âges, avec leurs pioches et leurs marteaux. Ceux sont les volontaires du village qui viennent donner un coup de main pour la réalisation des travaux. Aujourd’hui, nous allons grimper à 4 300 mètres d’altitude pour capter l’eau de l’une des cinq sources identifiées. Yves m’appelle pour le rejoindre « Marion, on y va! »

 

Notre voiture fait de son mieux. Elle monte et descend au gré du relief pentu pour trouver un chemin imaginaire. Elle tente de rejoindre le camion bleu, garé au milieu de nulle part sur le flanc d’une colline. Elle s’arrête à quelques mètres de lui. Nous finissons à pied. La source est derrière la butte.

 

Quand nous rejoignons les volontaires, les tests de débit ont déjà commencé. Les femmes sont occupées à aller chercher de grosses pierres qui serviront de fondations à la source. Les hommes creusent les tranchées. Yves revêt son habit d’ingénieur et orchestre les opérations. Je sors mon appareil photo et je filme. Les premières gouttes de pluie apparaissent.

 

Il est dix heure et la journée commence.

 

 

 

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