ou les rencontres
en chemin

La Ferme du Bec Hellouin, une micro-agriculture amoureuse du vivant

April 7, 2018

 

 

La ferme du Bec Hellouin est une petite ferme normande bio-intensive. Elle a vu le jour par deux volontés coriaces, celles de Charles et Perrine. Au début du voyage, le souhait de se reconnecter à la Nature, d’être autosuffisant et leur quête d’harmonie, de sens et de beauté furent les leitmotivs de ces deux amoureux de la Nature, qui n’avaient pas plus de lien à l’agriculture que vous et moi.

 

Venant de la ville, cette quête de bonheurs quotidiens - un rayon de soleil qui chatouille le bout du nez, sortir de chez soi pour cueillir les fruits et légumes du jardin, regarder par la fenêtre et se laisser happer par l’ébullition du paysage que nous avons sous les yeux – les poussèrent à venir à la terre.

 

Un peu comme un retour aux sources, ils avaient de douces et folles idées de la façon de s’y employer. Parmi elles, trois m’ont beaucoup parlé.

 

Une seule et grande maîtresse : la Nature

Considérer la Nature comme un modèle est l’essence même de la philosophie de la Ferme du Bec Hellouin. C’est aussi, un principe de base de la Permaculture. Prendre le temps d’observer le fonctionnement de la Nature, comprendre comment marchent les écosystèmes et s’en inspirer, nous permettent de découvrir les leçons essentielles que la Nature enseigne.

 

Observer la Nature offre la possibilité de se rendre compte que tout est relié : en prenant soin de la terre, nous prenons soin de nous. En prélevant de la Nature, seulement ce dont nous avons besoin, nous nous inscrivons dans un cercle vertueux et préservons un équilibre vital. Charles nous parle de « spirale positive où ce qui est bon pour la Nature et bon pour nous autres, êtres humains, puisque nous sommes la Nature » (1).

 

Sortir des sentiers battus, inventer sa route

L’ambition de Charles et Perrine fut de « remettre la main humaine au cœur du processus agricole » (2). Sortir à tout prix de l’agriculture industrialisée mais aussi, sortir de l’agriculture mécanisée et, ainsi, ne plus être dépendant des énergies fossiles. Finalement, s’adonner à une agriculture qui est réalisée, jour après jour, par des centaines de milliers de petits agriculteurs autours du globe.

 

Pour cela, un de leurs principaux objectifs fut de pratiquer une agriculture la plus naturelle possible sur une petite surface. Le postulat de base est d’arriver à produire davantage sur le plus petit espace possible, dans le respect absolu de la Terre-Mère. Pour réussir ce défi, deux ingrédients sont indispensables :

 

  • S’ouvrir l’esprit en allant puiser dans diverses sources théoriques, pratiques, traditionnelles, scientifiques : en permaculture, en biodynamie, en maraîchage du sol vivant, en agroécologie, en savoirs ancestrales… Le but est de combiner les savoirs en récupérant ce qui semble utiles, efficaces, ou ayant du sens. Comme l’affirme Charles « on cherche à prendre le meilleur des différents mondes. On prend le meilleur du passé. On prend le meilleur de la recherche scientifique contemporaine pour essayer d’imaginer ce que pourrait être l’étape d’après » (3).

 

  • Expérimenter toujours, sans peur des erreurs puisqu’elles sont de rigoureux professeurs. Par exemple, associer des cultures qui ont différents cycles, qui poussent à différent niveaux pour jouer sur leur complémentarité afin qu’elles s’aident à grandir. Avant de trouver la combinaison idéale pour un sol et des conditions naturelles spécifiques, plusieurs essais peuvent être nécessaires.

 

En micro-agriculture, travailler à la main est un avantage pour accomplir de nombreuses tâches impossibles à réaliser avec une machine, par exemple, celle de densifier (semer différents rangs de graines avec des très petites distances entre les rangs). La main, plus agile et habile, prendra infiniment plus soin des cultures en respectant le sol et les êtres vivants qui en ont fait leur demeure.

 

Renouer avec notre sixième sens : l’Intuition

Faire confiance à notre petite voix intérieure qui nous pousse à ce choix plutôt qu’à un autre. Finalement, se réconcilier avec notre intuition. Pour Charles « dès que l’on s’aventure dans un système complexe, notre capacité d’analyse commence à patiner, parce qu’il y a tellement de paramètres à prendre en compte. C’est là que l’intuition se révèle être un outil d’appréhension du réel très efficace. Il n’y a pas dix variables dans notre équation, mais des milliers. Mais ce n’est pas grave. On ne cherche pas du tout à tout contrôler, au contraire, on cherche à permettre à la vie de déployer sa magie » (4).

 

Après deux jours passés à la Ferme, à contempler ce microcosme d’une beauté singulière, à discuter avec ces hommes et femmes qui, tous les jours, s’emploient à prendre soin de leur terre et de tous les êtres vivants, la phrase de Charles « les paysans de demain seront des gardiens de la vie, leurs fermes seront des lieux de guérison, de beauté et de cohérence » (5) prend tout son sens.

 

 

 

 

 

1 Interview réalisée avec Charles, en Novembre 2017.

2 Permaculture - Guérir la Terre, Nourrir les Hommes, 2017, Perrine et Charles HERVE-GRUYER, Domaine du possible, Actes sud, seconde édition.

3 Interview réalisée avec Charles, en Novembre 2017.

4 Interview réalisée avec Charles, en Novembre 2017.

5 Permaculture - Guérir la Terre, Nourrir les Hommes, 2017, Perrine et Charles HERVE-GRUYER, Domaine du possible, Actes sud, seconde édition.

 

Please reload

  • Facebook - Black Circle
  • Twitter - Black Circle
Please reload